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Décentralisation : Le PPA-CI défie le pouvoir sur la bataille des territoires

la décentralisation oppose les chapelles politiques en Côte d'Ivoire. D'une formation politique à une autre , les vues divergent.

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Jean luc Ouallo , maire Ppa-ci de Tabou
Jean luc Ouallo , maire Ppa-ci de Tabou

 

La décentralisation s’invite au cœur du débat politique ivoirien. En mettant en cause la politique gouvernementale dans ce domaine, le PPA-CI de Laurent Gbagbo ouvre un nouveau front face au pouvoir et replace le développement des territoires au centre de la confrontation politique. Derrière cette offensive se pose une question qui dépasse les clivages partisans. Après plusieurs décennies de politiques de décentralisation, les collectivités territoriales disposent-elles réellement des moyens financiers, humains et institutionnels nécessaires pour répondre efficacement aux attentes des populations ? Car au-delà des discours, la décentralisation se mesure dans la vie quotidienne. Routes locales, écoles, centres de santé, marchés, assainissement, emploi, accès à l’eau et services de proximité constituent autant de domaines dans lesquels les citoyens attendent des résultats concrets.

 Le PPA-CI veut déplacer le débat vers les territoires

 En choisissant de mettre l’accent sur le développement local, le PPA-CI cherche à inscrire son opposition sur un terrain directement perceptible par les populations. Le parti entend ainsi questionner l’efficacité de la politique de décentralisation et la capacité du modèle actuel à réduire les disparités entre les différentes parties du territoire. Cette stratégie peut également traduire une évolution du débat politique ivoirien. Aux grandes confrontations institutionnelles et électorales s’ajoutent désormais des sujets liés à la qualité de vie, à l’aménagement du territoire et à la répartition des investissements publics. Pour l’opposition, l’enjeu sera toutefois d’aller au-delà de la critique en présentant une alternative précise. Une politique de décentralisation se juge aussi sur les mécanismes proposés pour financer les collectivités, renforcer leurs compétences et garantir leur efficacité.

 Le gouvernement face au défi des résultats

 Du côté du pouvoir, la réponse peut s’appuyer sur les investissements réalisés dans les infrastructures et sur les politiques de développement engagées dans différentes régions. Routes, électrification, hydraulique, établissements scolaires, centres de santé et équipements publics constituent des éléments importants de la transformation territoriale. Mais la décentralisation ne se résume pas à la réalisation d’infrastructures par l’État central. Elle suppose également que les collectivités disposent d’une capacité suffisante pour concevoir, financer et conduire elles-mêmes une partie de leur développement. C’est précisément sur cette articulation entre l’État et les pouvoirs locaux que le débat mérite d’être approfondi.

 Donner davantage de capacités aux collectivités

La véritable décentralisation ne consiste pas uniquement à créer des régions, des communes ou des districts. Elle suppose un transfert effectif de responsabilités accompagné de ressources adaptées. Un maire ou un président de conseil régional ne peut répondre durablement aux attentes de sa population si les compétences qui lui sont confiées ne sont pas accompagnées des financements, des personnels qualifiés et des outils administratifs nécessaires. Le renforcement des collectivités pourrait également permettre une meilleure adaptation des politiques publiques aux réalités locales. Les priorités d’une grande commune d’Abidjan ne sont pas nécessairement celles d’une zone agricole, d’une ville frontalière ou d’une localité confrontée à l’exode de sa jeunesse. Décentraliser, c’est reconnaître qu’un pays se développe mieux lorsque les décisions peuvent aussi être pensées au plus près de ceux qui en vivent les conséquences.

 Réduire les écarts entre Abidjan et l’intérieur du pays

 La question territoriale est d’autant plus importante que la Côte d’Ivoire connaît une forte concentration démographique et économique autour d’Abidjan. La capitale économique demeure le principal centre d’emplois, d’investissements, de services et d’opportunités. Cette attractivité contribue mécaniquement aux mouvements de populations vers le Grand Abidjan.

 

Renforcer les pôles économiques régionaux pourrait contribuer à rééquilibrer progressivement cette dynamique. Bouaké, San Pedro, Korhogo, Yamoussoukro, Daloa, Man, Bondoukou, Abengourou et d’autres villes disposent d’atouts susceptibles de soutenir des économies régionales plus fortes. L’enjeu est de permettre à un jeune de construire son avenir dans sa région sans considérer systématiquement Abidjan comme l’unique horizon économique.

La décentralisation comme instrument de cohésion nationale

La question dépasse également l’économie. Lorsque les populations constatent que leur territoire bénéficie d’infrastructures, de services publics et d’opportunités, le sentiment d’appartenance à la communauté nationale peut s’en trouver renforcé. À l’inverse, la perception d’un abandon territorial peut nourrir frustrations et sentiment d’inégalité. Une décentralisation efficace constitue donc également un instrument de cohésion nationale. Elle rapproche l’administration du citoyen, renforce la participation locale et permet aux populations d’être davantage associées aux choix concernant leur environnement immédiat.

Un débat qui mérite mieux qu’un affrontement partisan

L’offensive du PPA-CI contre la politique gouvernementale ouvre ainsi un débat légitime. Mais sa portée dépendra de la capacité des différentes forces politiques à dépasser les accusations pour confronter leurs propositions. Quels pouvoirs supplémentaires transférer aux collectivités ? Quelles ressources leur attribuer ? Comment améliorer la transparence de la gestion locale ? Comment mesurer les performances des communes et des régions ? Comment réduire durablement les inégalités territoriales ? Ce sont ces questions qui permettront aux citoyens d’évaluer les différentes visions. La majorité doit pouvoir défendre son bilan et expliquer ses perspectives. L’opposition doit démontrer en quoi son modèle serait différent et comment elle entendrait le financer. La décentralisation ne devrait pas devenir seulement un nouveau champ de bataille entre pouvoir et opposition. Elle doit devenir un chantier national consacré à l’égalité des territoires. Car le développement d’un pays ne se mesure pas uniquement à la transformation de sa capitale économique. Il se mesure aussi à la capacité d’un citoyen, où qu’il vive, à accéder aux infrastructures, aux services publics et aux opportunités nécessaires pour construire son avenir. La Côte d’Ivoire gagnera véritablement la bataille du développement lorsque la croissance nationale pourra également se lire dans la transformation quotidienne de ses villes, de ses régions et de ses territoires.

Jean Fidias Bolou Bi

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