Politique

Convocations judiciaires et nécessité de dialogue : Zadi Zadi déplore un contexte fragile

La récente vague de convocations judiciaires touchant à la fois des cadres du Pdci-Rda et ceux du Ppa-ci ne laissent pas indifférent Zadi Zadi, cadre du parti doyen.

Par Kader Diomandé3 min de lecture
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Zadi Zadi , cadre du Pdci  convoque Félix Houphouet Boigny
Zadi Zadi , cadre du Pdci convoque Félix Houphouet Boigny

 Au moment où le gouvernement engage la mise en place d’un nouvel organe électoral après la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), le 6 mai 2026, et où une quinzaine de partis d’opposition ont saisi le Premier ministre, le 12 octobre, pour réclamer un dialogue sur les modalités de son remplacement, les informations faisant état de convocations de six cadres du PDCI-RDA, ainsi que celles rapportées concernant M. Abdel Aziz Thiam, suscitent des interrogations.

Au-delà des personnes concernées, la résonance du nom Thiam dans l’histoire politique ivoirienne invite à une réflexion plus large : comment préserver la confiance dans les institutions dans un contexte que la société civile et plusieurs autres acteurs qualifient de fragile ?

 

 Les signes de la fragilité

 La fragilité actuelle tient à une convergence. D'abord un héritage électoral : la présidentielle d'octobre 2025 remportée à 89,8% après l'invalidation de candidatures majeures, avec selon les autorités 11 morts en marge du processus. Ensuite un vide institutionnel : la CEI dissoute, trois nouveaux organes annoncés sans consensus, et une liste électorale non révisée en 2025.

Enfin une actualité judiciaire immédiate : le 16 octobre, la PEC-CI, en conférence à Cocody, a alerté sur "un nouvel épisode de tensions" après l'arrestation et le placement sous mandat de dépôt de Justin Koné Katinan (PPA-CI), les convocations de cadres du PPA-CI et l'exil de Tidjane Thiam. Elle y voit une menace sur une "cohésion sociale qui demeure toujours très fragile". C'est dans ce climat que s'inscriraient les convocations rapportées au PDCI-RDA.

 

 Première exigence : laisser la justice travailler sereinement

 Si des faits sont reprochés, ils doivent être examinés conformément à la loi, dans le respect de la présomption d'innocence et des droits de la défense. Une convocation n'est pas une culpabilité.

Nul n'est au-dessus de la loi, mais nul ne doit voir sa dignité bafouée au motif de soupçons. L'autorité de la justice tient à sa capacité à établir les faits autant qu'à l'équité de ses procédures.

 

 Deuxième exigence : le droit ne doit pas devenir un facteur de disqualification politique

 Notre histoire récente montre combien l'absence de mécanismes crédibles de désescalade fragilise la nation. Il ne s'agit pas de contester l'action judiciaire, ni d'en présumer les intentions. Il s'agit de rappeler que les procédures doivent être appréciées à la lumière des faits et du droit, sans amalgame entre responsabilité individuelle et appartenance politique.

 

La fermeté de l'État et l'apaisement ne sont pas incompatibles. Ce sont deux exigences complémentaires d'une démocratie solide.

 

Troisième exigence : faire revivre l'héritage d'Houphouët par le dialogue et le pardon

 

Le PDCI-RDA comme le RHDP se réclament d'Houphouët-Boigny. Cette référence commune doit se traduire en actes : dialogue, pardon, compromis.

Dialoguer avec un adversaire n'est pas renoncer à ses convictions. Pardonner n'est pas nier les responsabilités. Houphouët illustrait cela par l'image de l'oiseau qui ne se fâche pas contre la branche sur laquelle il est perché. La paix ne consiste pas à faire taire les divergences, mais à permettre leur expression sans qu'elles ne menacent le vivre-ensemble.

Au lendemain du 25 octobre 2025, la Côte d'Ivoire a besoin de dépasser les rancœurs. Le pardon politique, au sens houphouëtiste, n'est ni amnésie ni dispense de responsabilité. C'est le refus d'enfermer l'avenir dans les conflits du passé, tout en laissant la justice établir les responsabilités.

 

Soutien et appel à la responsabilité

 

En tant que cadre du PDCI-RDA, j'exprime mon soutien moral à mes camarades concernés par ces convocations rapportées et à leurs familles. Ce soutien ne préjuge ni des faits ni des suites.

En tant qu'expert et héritier de cette tradition de dialogue, j'appelle à la retenue de tous. Aux autorités, la responsabilité de préserver la confiance. Aux acteurs politiques, celle de privilégier les voies pacifiques.

L'autorité de l'État ne s'affaiblit pas quand il dialogue ; elle se renforce quand il inspire confiance. La Côte d'Ivoire a besoin d'institutions fortes, d'une justice respectée, d'une opposition libre et d'un pouvoir qui fait du dialogue un instrument de stabilité.

 

Zadi Zadi,

Expert paix, sécurité et gouvernance, Conseiller régional de la Nawa, Cadre du PDCI-RDA_

 

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