ALPHONSE DJÉDJÉ MADY, LA MÉMOIRE D’UN BÂTISSEUR DU RASSEMBLEMENT
Yaya Fofana , le président du Mouvement des Forces d'Avenir (Mfa) rend un hommage émouvant à l'illustre disparu

C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès du Professeur Alphonse Djédjé Mady, ancien ministre, ancien Secrétaire général du PDCI-RDA, ancien président du Conseil régional du Haut-Sassandra et grande figure de la vie politique ivoirienne.
Avec sa disparition, la Côte d’Ivoire perd un homme d’État expérimenté, un médecin et universitaire de renom, mais également l’un des artisans d’une séquence déterminante de notre histoire politique contemporaine. Son nom restera notamment associé au combat pour le rassemblement de la famille houphouëtiste et à la naissance du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix.Lorsque le RHDP voit le jour en 2005 autour du PDCI-RDA, du RDR, de l’UDPCI et du MFA, la Côte d’Ivoire traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire. Le pays est fragilisé par la crise, les fractures politiques sont profondes et la confiance entre les acteurs reste à reconstruire. Dans cet environnement incertain, rassembler des formations politiques différentes autour d’une ambition commune constituait déjà un acte de courage et de responsabilité.
Alphonse Djédjé Mady fut de ceux qui ont porté le RHDP avant que le RHDP ne devienne une évidence politique.
À la tête du Directoire, il contribua à faire vivre cette alliance, à rapprocher ses différentes composantes et à transformer une convergence entre partis en une force politique organisée. Il fallait alors convaincre, négocier, arbitrer, supporter les désaccords et maintenir le dialogue lorsque les circonstances pouvaient pousser à la rupture. C’est aussi dans ces moments difficiles que se mesure la stature des hommes politiques.
Le Professeur Djédjé Mady fut donc plus qu’un responsable du RHDP. Il fut l’un des gardiens du lien entre ses composantes fondatrices. Il n’a pas seulement occupé une place dans le RHDP, il a contribué à créer l’espace politique dans lequel le RHDP pouvait exister.
Son combat avait également une exigence fondamentale. La conquête du pouvoir ne pouvait justifier que la Côte d’Ivoire soit davantage déchirée. La compétition politique devait rester subordonnée à une valeur supérieure, celle de la Nation. Cette conception du combat politique, fondée sur le dialogue, le compromis et la recherche de la paix, mérite aujourd’hui encore d’être méditée.
Car les partis changent. Les alliances évoluent. Les générations se succèdent. Les circonstances politiques transforment parfois profondément les organisations. Mais l’Histoire doit conserver la mémoire de ceux qui ont posé les premières pierres.
Pour nous au Mouvement des Forces d’Avenir, cette mémoire revêt une signification particulière. Le MFA était partie prenante de l’aventure fondatrice du RHDP en 2005 aux côtés du PDCI-RDA, du RDR et de l’UDPCI. Nous avons connu cette période où le rassemblement n’était encore ni une puissance électorale installée ni la formation politique que l’histoire allait progressivement façonner. Il était d’abord une espérance, une volonté de rapprochement et un pari sur la capacité des Houphouëtistes à dépasser leurs divergences.
C’est pourquoi rendre hommage aujourd’hui au Professeur Alphonse Djédjé Mady, c’est également rendre hommage à cette génération de bâtisseurs qui accepta de construire lorsque rien n’était encore acquis.
Mais honorer cette génération ne peut consister uniquement à célébrer son passé. La mémoire n’a de sens que lorsqu’elle devient transmission. Aux générations politiques actuelles et à celles qui viendront après nous revient désormais la responsabilité de préserver ce qui, dans cet héritage, demeure essentiel. La capacité de dialoguer malgré les divergences, de rechercher le compromis lorsque l’intérêt national l’exige, de respecter l’adversaire et de considérer que la paix civile vaut davantage qu’une victoire politique momentanée.
La meilleure manière d’honorer Alphonse Djédjé Mady est donc de transmettre cette culture politique aux générations nouvelles. Une Nation ne se construit pas seulement avec ceux qui gouvernent aujourd’hui. Elle se construit aussi avec la mémoire de ceux qui ont servi hier et avec la responsabilité de ceux qui devront servir demain. Chaque génération reçoit un héritage, mais elle a également le devoir de l’enrichir avant de le transmettre.
Cette transmission suppose cependant de comprendre ce que signifie réellement la fidélité politique. Être fidèle à un héritage ne signifie pas reproduire mécaniquement les positions, les alliances ou les choix d’une époque révolue. La véritable fidélité consiste à préserver les principes qui donnaient un sens à ces choix. Les circonstances changent, les organisations évoluent et les hommes empruntent parfois des chemins différents. Mais la paix, le dialogue, le rassemblement, le respect de la dignité humaine et la primauté de l’intérêt national demeurent.
C’est à cette fidélité à l’œuvre plutôt qu’à la simple fidélité aux positions que nous devons désormais nous attacher. L’héritage houphouëtiste ne peut être réduit à une structure, à une génération ou à une circonstance électorale. Il doit continuer d’être une exigence politique fondée sur la recherche permanente de ce qui rassemble les Ivoiriens.
Une famille politique est toujours plus grande que les circonstances qui la traversent. Les appareils peuvent évoluer, les trajectoires peuvent se séparer et les choix politiques peuvent différer. Mais les pages écrites ensemble appartiennent définitivement à notre mémoire collective.
C’est aussi cela, l’héritage houphouëtiste. Savoir préserver le dialogue malgré les différences, rechercher le rassemblement sans nier les identités et placer la paix ainsi que l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire au-dessus des ambitions individuelles.
Au-delà de son engagement partisan, je veux saluer le fils du Haut-Sassandra, profondément attaché à sa région et à ses populations. Son parcours, de la médecine à l’université, du gouvernement au Parlement et aux responsabilités politiques et territoriales, témoigne d’une vie largement consacrée au service public.
Aujourd’hui, avec sa disparition, c’est une partie de la mémoire politique de la Côte d’Ivoire contemporaine qui s’en va. Mais les hommes qui ont contribué à bâtir des ponts entre les générations, les territoires et les familles politiques ne disparaissent jamais complètement. Ils continuent d’exister dans les institutions qu’ils ont servies, dans les combats qu’ils ont menés et dans les enseignements qu’ils laissent à ceux qui viennent après eux.
Le Professeur Alphonse Djédjé Mady appartient désormais à l’Histoire. Une Histoire qui devra retenir son engagement au service de l’État, son attachement au Haut-Sassandra, mais également sa contribution à la construction du rassemblement des Houphouëtistes dans une période où la Côte d’Ivoire avait profondément besoin de dialogue.
Il fut de la génération qui devait construire des ponts au moment même où le pays risquait de dresser des murs entre ses enfants.
En mon nom personnel et au nom du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA), j’adresse mes condoléances les plus attristées à sa famille biologique, au PDCI-RDA, aux populations du Haut-Sassandra, à ses compagnons de lutte ainsi qu’à tous ceux qui ont partagé une étape de son long parcours.
Adieu, Professeur Alphonse Djédjé Mady.
Les hommes passent, les fonctions s’achèvent et les configurations politiques changent. Mais les principes survivent aux circonstances. Lorsqu’un homme a contribué à rapprocher les siens, à bâtir des institutions et à préserver la paix, son œuvre cesse de lui appartenir seul. Elle entre dans l’héritage de la Nation et devient une responsabilité pour les générations qui lui succèdent.
Fait à Abidjan, le 25 août 2026
Yaya Fofana
Président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA
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