Économie

Grands marchés publics : Ouattara change les règles du jeu

Le Président Alassane Ouattara , dans l'optique de rendre davantage fluide la passation des grands marchés publiques veut transformer les choses.

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Alassane Ouattara veille au dynamisme de l'économie
Alassane Ouattara veille au dynamisme de l'économie

Davantage de garanties pourraient être demandées aux opérateurs privés dans le financement et l’exécution des grands projets. Selon Africa Intelligence, le président Alassane Ouattara souhaite faire évoluer les pratiques après des difficultés relevées dans l’exécution de certains marchés. Si cette orientation se confirme et se traduit dans les dispositifs applicables, elle pourrait accompagner une transformation plus large du financement des investissements en Côte d’Ivoire.Pendant longtemps, l’obtention d’un important marché public a pu permettre à certaines entreprises de mobiliser une partie des ressources nécessaires à son exécution, notamment à travers les mécanismes de financement et d’avances prévus par les contrats. Selon les informations rapportées par Africa Intelligence, le chef de l’État souhaiterait désormais que les opérateurs privés assument une part plus importante du risque financier sur certains grands projets. Les modalités précises et le périmètre d’application d’une telle orientation restent toutefois à déterminer. Il serait donc prématuré d’y voir une remise en cause générale du système actuel.

 Une plus grande responsabilisation des opérateurs

 À ce stade, rien ne permet notamment d’affirmer qu’une suppression générale des avances de démarrage serait envisagée. Ces mécanismes demeurent encadrés par les règles de la commande publique et assortis de garanties. L’évolution rapportée semble plutôt traduire une volonté de mieux s’assurer de la solidité financière, technique et opérationnelle des entreprises appelées à réaliser certains projets majeurs. Si elle se confirme, cette approche pourrait conduire l’État à mieux partager les risques avec les opérateurs privés et à accorder une importance accrue à leur capacité de mobilisation financière.

 Une commande publique déjà davantage contrôlée

 Cette orientation intervient dans un contexte de renforcement du contrôle de la commande publique. En 2026, l’Autorité de régulation de la commande publique a indiqué que près de 180 entreprises avaient fait l’objet d’exclusions de deux ans pour des irrégularités liées à la passation ou à l’exécution des marchés. L’institution a également fait état d’environ 21 000 marchés audités. Ces chiffres ne permettent pas de conclure à une défaillance généralisée des entreprises attributaires, mais ils témoignent de l’attention portée par les autorités à la régularité des procédures et à la bonne exécution des contrats publics.

 Le PND 2026-2030 place le privé au premier plan

 La réflexion prend une dimension particulière avec le Plan national de développement 2026-2030. Les investissements projetés atteignent environ 114 838,5 milliards de FCFA, dont près de 80 614,7 milliards, soit 70,2 %, sont attendus du secteur privé. Cette répartition traduit clairement la volonté des autorités de donner une place majeure à l’investissement privé. Elle ne signifie pas pour autant que toutes les infrastructures publiques seront désormais préfinancées par les entreprises. Selon les secteurs et les projets, différents montages devraient continuer à coexister, allant de la commande publique traditionnelle aux partenariats public-privé et aux investissements entièrement privés.

 Banques et consortiums pourraient gagner en importance

 Si les exigences financières sont effectivement renforcées sur certains grands projets, la relation entre entreprises, banques et investisseurs deviendra encore plus stratégique. Bilans financiers, lignes de crédit, garanties bancaires, références techniques et capacité de mobilisation pourraient peser davantage dans la préparation des offres. Les consortiums pourraient également se développer, permettant de réunir au sein d’un même projet des compétences complémentaires en financement, construction, équipements, transport ou logistique. Il ne s’agirait pas nécessairement d’un avantage réservé aux groupes internationaux puisque des entreprises ivoiriennes suffisamment structurées pourraient elles aussi bénéficier de cette évolution ou nouer des alliances.

 Le défi particulier des PME ivoiriennes

 La question des PME mérite cependant une attention particulière. Une entreprise peut disposer d’un véritable savoir-faire sans avoir la capacité de préfinancer seule un marché représentant plusieurs milliards de FCFA. Un renforcement trop important des critères financiers pourrait donc, s’il n’était pas accompagné de mécanismes adaptés, rendre l’accès à certains grands contrats plus difficile pour les entreprises nationales de taille moyenne. Les autorités ont parallèlement adopté des dispositifs destinés à favoriser les PME, notamment une part réservée de la commande publique et un allègement de certaines exigences de garantie. L’enjeu sera de concilier sécurisation des projets, concurrence et développement du tissu entrepreneurial national.

 Une opportunité pour les alliances ivoiriennes

 Cette évolution pourrait également encourager les entreprises ivoiriennes à multiplier les regroupements. Une société de construction, un établissement financier, un fournisseur d’équipements, un transporteur et un logisticien peuvent, selon la nature d’un projet, réunir leurs compétences pour renforcer une offre. Les grands investissements du PND pourraient ainsi favoriser la constitution de consortiums nationaux ou régionaux. Leur capacité à rivaliser avec les grands groupes internationaux dépendra cependant de leur solidité financière, de leurs références et des conditions précises retenues dans les futurs appels d’offres.

 Transport et logistique, des perspectives importantes

 Les perspectives dépassent largement le BTP. Le portefeuille d’investissements ivoirien comporte des projets routiers, ferroviaires, portuaires, énergétiques, miniers et industriels susceptibles de générer d’importants besoins en transport et en logistique. Terminaux, plateformes logistiques, équipements industriels et infrastructures énergétiques nécessiteront des prestations de transit, manutention, stockage et acheminement. Pour les entreprises ivoiriennes de ces secteurs, l’un des enjeux sera de se rapprocher suffisamment tôt des investisseurs et maîtres d’œuvre afin de pouvoir participer aux chaînes de sous-traitance lorsque les projets entreront effectivement en réalisation.

 Vers un État davantage stratège ?

 La transformation mérite enfin d’être observée sur le long terme. Depuis plus d’une décennie, la politique économique ivoirienne s’est notamment matérialisée par d’importants investissements dans les routes, ponts, centrales, échangeurs et infrastructures portuaires. Avec le PND 2026-2030, la mobilisation accrue du secteur privé, le recours aux partenariats public-privé et la création du Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire peuvent être interprétés comme les éléments d’une évolution vers un État davantage stratège et catalyseur des investissements. Il serait toutefois excessif d’en conclure à un retrait de l’État du financement des infrastructures, qui demeure un acteur central de l’investissement public.

 Trouver le juste équilibre

 Le véritable enjeu sera donc celui de l’équilibre. Des exigences financières plus rigoureuses peuvent contribuer à sécuriser certains projets et à réduire les risques d’inexécution. Mais elles devront être suffisamment adaptées pour ne pas créer des barrières disproportionnées à l’entrée des entreprises nationales compétentes. La réussite du PND 2026-2030 ne se mesurera ainsi pas seulement au volume des investissements mobilisés ou au nombre d’infrastructures réalisées. Elle pourra également s’apprécier à la capacité du pays à renforcer son secteur privé et à faire émerger des entreprises ivoiriennes capables de participer durablement aux grands projets. Une tendance semble en tout cas se dessiner : pour les grands projets de demain, la capacité à obtenir un marché pourrait compter autant que la capacité à démontrer, en amont, les moyens financiers, techniques et opérationnels nécessaires à sa bonne exécution. Reste désormais à voir comment cette orientation sera concrètement traduite dans les règles et les futurs appels d’offres.

 Alassane Junior F

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