Économie

ECO : COMBIEN D’ANNÉES L’AFRIQUE DE L’OUEST ATTENDRA SA MONNAIE COMMUNE ?

La question de la future monnaie en Afrique de l'ouest est de plus en plus présente dans les débats .

Par admin3 min de lecture
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la future monnaie s'appelle l'ECO
la future monnaie s'appelle l'ECO

La monnaie unique ouest-africaine revient au premier plan des préoccupations régionales. Alors que le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, président en exercice de la CEDEAO, place l’ECO parmi les priorités de l’organisation, une question s’impose avec insistance. Combien de temps l’Afrique de l’Ouest peut-elle encore parler d’intégration monétaire sans transformer cette ambition en réalité ? Depuis plusieurs décennies, l’ECO est présenté comme une étape majeure de la construction communautaire. Pourtant, entre divergences économiques, critères de convergence difficiles à respecter, choix de souveraineté et crises politiques successives, son lancement demeure une promesse régulièrement repoussée.

L’enjeu dépasse largement le changement de nom d’une monnaie. Une véritable monnaie commune poserait la question de la souveraineté économique de l’Afrique de l’Ouest, de la conduite de sa politique monétaire, de la maîtrise de l’inflation, de la discipline budgétaire des États et de leur capacité à affronter ensemble les crises. Elle pourrait faciliter les échanges commerciaux, réduire certains coûts de transaction et renforcer la cohérence d’un espace économique qui ambitionne de devenir un marché intégré. Mais une monnaie commune ne se décrète pas. Elle exige de rapprocher des économies dont les structures, l’endettement, les déficits publics et les capacités productives restent parfois très différents.

Le défi est d’autant plus complexe que l’Afrique de l’Ouest traverse une profonde recomposition géopolitique. Les nouvelles relations entre la CEDEAO et les pays de l’Alliance des États du Sahel ont modifié le paysage régional. Le projet ECO ne peut donc plus être pensé exactement comme il l’était il y a dix ou quinze ans. Quelle architecture monétaire construire, quels États participeront effectivement au projet, quelle banque centrale en assurera la gouvernance et selon quelles règles les décisions seront-elles prises ? Ces questions deviennent essentielles dans un contexte où la confiance politique entre les États constitue elle-même un défi.

L’expérience de l’UEMOA montre néanmoins qu’une intégration monétaire entre plusieurs économies africaines est possible. Mais élargir cette logique à un ensemble plus vaste représente un saut institutionnel considérable. Les économies concernées devront atteindre une convergence suffisante et accepter une discipline commune. La souveraineté monétaire ne se résume pas à mettre en circulation des billets portant un nouveau nom. Elle suppose des économies productives, des finances publiques crédibles, des réserves solides, une banque centrale robuste et des institutions capables de résister aux pressions politiques. Sans ces fondations, changer de monnaie ne modifierait pas nécessairement les dépendances économiques.

Le retour de l’ECO intervient également au moment où la CEDEAO cherche un nouveau souffle. Entre défis sécuritaires, tensions politiques, commerce régional, libre circulation et relations avec les États du Sahel, l’organisation doit démontrer sa capacité à porter de grands projets collectifs. La monnaie commune pourrait devenir l’un des symboles de cette relance, à condition de sortir du cycle des annonces et des reports. Les populations, les entreprises et les investisseurs ont désormais besoin d’un calendrier crédible, d’étapes mesurables et d’explications précises sur les conséquences économiques du projet.

L’Afrique de l’Ouest constitue un immense espace humain et économique. Son avenir dépendra en partie de sa capacité à transformer cette proximité géographique en puissance collective. L’ECO pourrait être l’un des instruments de cette ambition, mais seulement si les États mettent derrière le symbole monétaire une véritable convergence économique et une volonté politique durable. Après tant d’années d’attente, la question n’est donc plus seulement de savoir si l’Afrique de l’Ouest aura un jour sa monnaie commune, mais si ses dirigeants sont prêts à créer les conditions économiques, institutionnelles et politiques nécessaires pour qu’elle fonctionne réellement.

Ferdinand Yao

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