AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE :LA CÔTE D’IVOIRE PEINE ENCORE À REMPLIR SES PROPRES GRENIERS
La Côte d'Ivoire peine encore à couvrir ses besoins et son autosuffisance au niveau de plusieurs denrées alimentaires.

Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire demeure dépendante des importations pour plusieurs denrées essentielles, notamment le riz. Malgré ses terres fertiles, ses producteurs et des décennies de politiques agricoles, le pays peine à couvrir certains besoins alimentaires. Pourquoi cette dépendance persiste-t-elle alors que la production vivrière nationale progresse ?
Puissance agricole, la Côte d’Ivoire tire d’importantes recettes du cacao, de l’anacarde et de l’hévéa. Pourtant, cette réussite à l’exportation contraste avec sa dépendance aux importations de certains produits alimentaires. Le riz illustre particulièrement ce déséquilibre. Malgré les investissements engagés, la production nationale reste insuffisante pour satisfaire entièrement la demande.
Le riz, symbole d’une dépendance coûteuse
Selon les données du FIRCA, la Côte d’Ivoire a produit environ 1,6 million de tonnes de riz blanchi en 2025, tout en important près de 1,6 million de tonnes, pour une facture estimée à 610 milliards de FCFA. Ces importations exposent le pays aux fluctuations des prix internationaux et aux coûts du transport maritime. Le Plan national de développement 2026-2030 retient un taux de couverture des besoins en riz de 63 % en 2024, avec l’objectif de dépasser 100 % en 2029.L’enjeu est désormais de transformer cette ambition en résultats mesurables.
25,8 millions de tonnes de vivriers, mais des difficultés persistent
La production vivrière nationale a atteint 25,8 millions de tonnes en 2025, contre 23,65 millions en 2024, soit une progression d’environ 9 %. Ces résultats témoignent du potentiel agricole ivoirien. Mais produire davantage ne garantit pas une meilleure disponibilité des denrées sur les marchés.
Le mauvais état de certaines pistes rurales, les insuffisances de stockage et les difficultés de commercialisation peuvent pénaliser les producteurs tout en renchérissant les prix pour les consommateurs. Le véritable défi consiste à rapprocher les récoltes des marchés et les produits alimentaires du pouvoir d’achat des ménages.
Seulement 4 % des superficies rizicoles irriguées
Selon le FIRCA, sur environ 900 000 hectares consacrés à la riziculture, seuls 4 % sont plus ou moins irrigués, tandis que 80 % de la production dépend des pluies. Cette dépendance climatique limite la maîtrise des rendements et fragilise les perspectives de production. La mécanisation insuffisante, les difficultés d’accès au financement et le manque d’équipements de transformation constituent également des obstacles. La Côte d’Ivoire dispose pourtant d’importantes productions d’igname, de manioc et de banane plantain. L’autosuffisance doit donc être appréciée selon les filières, plutôt qu’à travers un constat uniforme.
Trois priorités pour le gouvernement
Accélérer l’irrigation et la mécanisation. Les investissements doivent permettre aux producteurs de riz d’améliorer leurs rendements et de réduire leur dépendance aux précipitations. Réduire les pertes après récolte. La réhabilitation des pistes rurales, la construction d’entrepôts et le développement des unités de transformation doivent faciliter l’écoulement des productions. Publier un bilan annuel de l’autosuffisance alimentaire. Pour chaque filière stratégique, le gouvernement devrait rendre publics les volumes produits, les besoins nationaux, les importations et les résultats obtenus.
Produire davantage, mais surtout nourrir les populations
La Côte d’Ivoire dispose d’atouts agricoles considérables. La progression des cultures vivrières confirme son potentiel, mais la facture des importations de riz révèle une dépendance persistante. L’autosuffisance alimentaire ne suppose pas nécessairement la disparition de toutes les importations. Elle exige une production nationale suffisamment solide pour réduire les vulnérabilités et garantir un approvisionnement régulier. La réussite agricole ne doit pas seulement se mesurer aux tonnes exportées, mais aussi à la capacité des producteurs à vivre de leur travail et des familles à se nourrir à des prix accessibles. Un pays capable de nourrir les marchés mondiaux doit aussi renforcer sa capacité à nourrir durablement sa propre population.
Hamed Traoré
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