« Gouverner autrement » :Yaya Fofana bouscule les codes et pose la question qui dérange sur le pouvoir en C.I
Yaya Fofana est un auteur prolifique qui aborde des sujets et thématiques majeurs.

Et si le véritable problème de la Côte d’Ivoire n’était plus seulement de savoir qui doit gouverner, mais comment gouverner ? Dans son nouvel ouvrage Gouverner autrement, Pour une République de responsabilité, de justice et de confiance, Yaya Fofana déplace volontairement le débat. Au-delà des hommes, des partis et des ambitions, l’essayiste invite à repenser la relation entre les institutions, les citoyens et le bien commun. À travers quinze chapitres, il développe une réflexion qui ne se présente ni comme un catalogue de promesses électorales ni comme un règlement de comptes. Le livre se veut une boussole politique et morale fondée sur trois principes essentiels, la responsabilité, la justice et la confiance.
L’ouvrage regarde la Côte d’Ivoire sans complaisance, mais sans procès systématique. Poids des héritages politiques, personnalisation des institutions, fractures sociales et communautaires, centralisation, inégalités territoriales, difficultés économiques vécues par les ménages et inquiétudes d’une jeunesse qui doute de son avenir constituent plusieurs lignes de force du diagnostic. Yaya Fofana reconnaît les progrès accomplis tout en estimant qu’une nation ne peut avancer durablement sans avoir le courage d’identifier ses propres fragilités.
La jeunesse occupe une place déterminante dans cette réflexion. L’auteur refuse qu’elle soit considérée comme une simple réserve électorale mobilisée au gré des échéances. Il plaide pour une jeunesse mieux formée, insérée professionnellement, entreprenante et progressivement associée aux responsabilités. Une question traverse alors l’ouvrage. Que faut-il faire pour que chaque jeune Ivoirien puisse croire que son avenir peut réellement se construire dans son propre pays ?
La morale publique constitue un autre pilier du livre. Transparence dans la gestion des ressources, lutte effective contre la corruption, primauté de la compétence, sobriété, exemplarité et obligation de rendre compte apparaissent comme des conditions essentielles au rétablissement de la confiance. Les citoyens peuvent difficilement accepter durablement les sacrifices qui leur sont demandés si ceux qui exercent des responsabilités ne donnent pas eux-mêmes l’exemple.
Sur le terrain économique, Yaya Fofana confronte les performances statistiques à la réalité quotidienne des familles. Derrière les indicateurs existent le prix des denrées, le logement, le transport, l’école, la santé, l’emploi et les difficultés de fin de mois. L’auteur défend une économie capable de produire davantage, de transformer localement les richesses, de soutenir l’agriculture et l’entrepreneuriat, de créer des emplois et de mieux répartir les fruits de la croissance. L’éducation, la formation professionnelle, la recherche scientifique, le numérique, l’éducation des filles et la mobilisation des compétences de la diaspora deviennent parallèlement des leviers majeurs pour préparer la jeunesse aux mutations du monde.
La justice occupe elle aussi une place centrale. Yaya Fofana appelle à une institution judiciaire indépendante, accessible et proche du citoyen. Elle ne doit pas seulement être garantie par les textes, mais ressentie comme une protection effective pour tous, indépendamment du rang social, des moyens financiers ou des relations personnelles. Le livre aborde également le civisme, la réforme administrative, la sécurité, la défense, la place des femmes et des anciens ainsi que le positionnement de la Côte d’Ivoire en Afrique et dans le monde.
La réconciliation nationale constitue l’un des passages les plus sensibles de l’ouvrage. Yaya Fofana refuse aussi bien l’amnésie que l’entretien permanent des blessures. Les crises politiques, les violences, les victimes, les exils et les drames humains appartiennent à l’histoire nationale et doivent être regardés avec vérité. Mais cette mémoire doit contribuer à rapprocher les Ivoiriens plutôt qu’à préparer les affrontements de demain.
Une formule résume finalement l’esprit de l’ouvrage, servir sans se servir. Pour Yaya Fofana, une responsabilité publique retrouve sa noblesse lorsqu’elle est vécue comme une mission. Les administrations, les budgets, les tribunaux, les écoles, les infrastructures et les politiques publiques n’ont de véritable sens que lorsqu’ils améliorent concrètement l’existence des citoyens.
Avec Gouverner autrement, l’auteur appelle ainsi à une nouvelle culture de l’action publique dans laquelle l’autorité accepte le contrôle, la justice protège chacun, la compétence l’emporte sur les fidélités, la jeunesse trouve sa place et la parole donnée retrouve sa valeur. Alors que le débat politique se concentre souvent sur les personnes, les alliances et les successions, Yaya Fofana pose une interrogation plus fondamentale. Quelle Côte d’Ivoire voulons-nous transmettre aux générations qui viennent ?
C’est toute l’ambition de Gouverner autrement. Faire de la responsabilité une exigence, de la justice un socle, de la confiance un ciment et du service de la nation la finalité de l’engagement public.
Dans nos dossiers
À lire aussi

PDCI-RDA Bouaflé 3 : Yao Koffi Bertin décoré à titre posthume et conduit à sa dernière demeure
La famille politique du PDCI-RDA, les parents, amis et connaissances de Yao Koffi Bertin ont rendu un dernier hommage à l’illustre militant, décédé les armes dans ses mains le 9 Août 2026.
23 août 2026 · 2 min

Électricité :300 millions de dollars américains pour propulser la Côte d’Ivoire
La Côte d'Ivoire qui ambitionne de devenir "une grande nation'' en 2030 doit mettre un point d'honneur à devenir un hub énergétique.
15 août 2026 · 7 min

Alliance de la Nation
Une troisième voie fondée sur le rassemblement :Alliance de la Nation peut être compris comme un manifeste pour une Côte d’Ivoire réconciliée, responsable et confiante en son avenir.
8 août 2026 · 5 min

Transport & Logistique en Afrique de l’Ouest — Comprendre, organiser et transformer les flux
Transformer le transport en véritable entreprise
7 août 2026 · 3 min