Afrique & Monde

Mali–Algérie, le dégel qui pourrait rebattre les cartes au Sahel

Le réchauffement des relations entre le Mali et l'Algérie est de bons augures pour l'espace sahélien

Par admin2 min de lecture
Partager
Les présidents malien et algerien
Les présidents malien et algerien

Après une longue période de crispations diplomatiques, Bamako et Alger donnent des signes de reprise du dialogue. Une évolution qui dépasse largement les relations bilatérales entre le Mali et l’Algérie. Dans un Sahel confronté à l’insécurité, aux recompositions diplomatiques et à l’affirmation de nouvelles alliances, tout rapprochement entre ces deux voisins peut modifier les équilibres régionaux.

Les relations entre le Mali et l’Algérie se sont fortement détériorées ces dernières années, notamment autour de la gestion de la crise dans le nord du Mali et du rôle traditionnel joué par Alger dans les médiations maliennes. La remise en cause de l’Accord d’Alger par Bamako avait constitué un tournant majeur. À ces divergences se sont ajoutées des tensions diplomatiques et sécuritaires qui ont progressivement installé une profonde méfiance entre les deux capitales.

La géographie impose pourtant le dialogue. L’Algérie et le Mali partagent une frontière de plus de 1 300 kilomètres au cœur d’une immense zone sahélo-saharienne. Terrorisme, trafics transfrontaliers, circulation des armes, mouvements de populations et instabilité politique rendent difficile toute stratégie durable de sécurité qui ignorerait la coopération entre les deux États.

Pour Bamako, une normalisation avec Alger pourrait contribuer à réduire les tensions sur son flanc nord et à diversifier ses relations diplomatiques, alors que le Mali s’inscrit désormais dans la dynamique de l’Alliance des États du Sahel aux côtés du Burkina Faso et du Niger. Pour Alger, retrouver un dialogue fonctionnel avec Bamako permettrait de préserver son influence dans son voisinage méridional et de renforcer la sécurité de ses frontières.

Mais reprise du dialogue ne signifie pas encore réconciliation. Les divergences accumulées restent importantes et la confiance devra être reconstruite progressivement. Les prochains échanges diplomatiques permettront surtout de déterminer si les gestes actuels annoncent une véritable normalisation ou seulement une détente circonstancielle.

L’enjeu dépasse d’ailleurs les deux pays. Une amélioration durable des relations Mali–Algérie pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble du Sahel, notamment dans la lutte contre les groupes armés, la sécurisation des frontières et les relations entre l’Afrique du Nord et les États sahéliens. Elle pourrait également créer de nouveaux espaces de concertation dans une région où les mécanismes diplomatiques traditionnels ont été profondément bouleversés.

Le Sahel traverse une période de transformation historique. Les anciennes alliances sont questionnées, de nouveaux partenariats apparaissent et chaque État cherche à préserver davantage sa souveraineté. Dans cet environnement mouvant, Bamako et Alger semblent redécouvrir une évidence géopolitique : on peut choisir ses partenaires, mais on ne choisit pas ses voisins.

Si le dialogue actuellement esquissé se transforme en coopération concrète, le rapprochement entre le Mali et l’Algérie pourrait devenir l’un des développements diplomatiques les plus significatifs de la nouvelle configuration sahélienne. Mais il faudra juger cette détente non aux déclarations, mais aux actes.

 Noura Abiba F

 

Dans nos dossiers

Partager

À lire aussi