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Russie -Cedeao : Moscou s'installe t-il durablement dans la nouvelle architecture sécuritaire?

La Russie et les Etats qui composent l'espace de la Cedeao entendent intensifier leur coopération.

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Les ministres des Affaires étrangères de la Russie et du Ghana
Les ministres des Affaires étrangères de la Russie et du Ghana

La Russie franchit une nouvelle étape dans son rapprochement avec l’Afrique de l’Ouest. Le 17 août 2026 à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé la préparation d’un mémorandum de coopération avec la CEDEAO, notamment dans le domaine sécuritaire. Cette initiative intervient dans une région confrontée simultanément à la progression de la menace terroriste, aux recompositions diplomatiques et à la nouvelle configuration née du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’organisation régionale.

L’intérêt de cette annonce tient à la position particulière occupée par Moscou. La Russie entretient déjà une coopération étroite avec plusieurs États sahéliens et cherche parallèlement à développer ses relations avec les pays membres de la CEDEAO. Elle pourrait ainsi se retrouver en relation avec les deux ensembles qui structurent désormais l’espace ouest-africain. Moscou se dit également disposé à favoriser le rapprochement entre la CEDEAO et l’AES, considérant que les enjeux sécuritaires dépassent les divisions institutionnelles.

Cette évolution traduit une transformation plus profonde des rapports de force sur le continent. Pendant plusieurs décennies, les politiques de défense et de sécurité en Afrique de l’Ouest ont été fortement marquées par les partenariats avec la France, les États-Unis et l’Union européenne. La montée en puissance de la Russie, mais aussi l’influence croissante de la Chine, de la Turquie et d’autres acteurs internationaux, offrent désormais aux gouvernements africains une plus grande diversité de partenaires.

Pour Moscou, l’Afrique de l’Ouest représente un espace stratégique. Renforcer ses relations avec la CEDEAO permettrait à la Russie de ne plus apparaître uniquement comme un partenaire privilégié des États sahéliens. Une coopération institutionnelle avec l’organisation régionale élargirait sa présence diplomatique auprès de puissances économiques comme le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Sénégal.

Pour la CEDEAO, le calcul est différent. La progression de la violence extrémiste et la porosité des frontières imposent de renforcer les capacités de renseignement, de formation et de coopération opérationnelle. La diversification des partenaires peut constituer un avantage, à condition que chaque accord soit évalué selon son efficacité, ses conditions et sa compatibilité avec les intérêts stratégiques des États membres.

C’est précisément là que se situe l’un des principaux enjeux. L’Afrique de l’Ouest ne gagnerait rien à remplacer une dépendance par une autre. Qu’il s’agisse de Moscou, Washington, Paris, Pékin, Ankara ou de tout autre partenaire, la priorité doit rester la capacité des États africains à définir eux-mêmes leurs besoins, contrôler leurs politiques de défense et développer progressivement leurs propres capacités militaires, technologiques et de renseignement.

La relation entre CEDEAO et AES constitue également une donnée incontournable. Malgré leurs divergences politiques, les pays des deux ensembles restent confrontés aux mêmes menaces. Les groupes armés traversent les frontières sans tenir compte des appartenances institutionnelles. Une coopération entre pays sahéliens et côtiers demeure donc indispensable pour le partage du renseignement, la surveillance des frontières et la lutte contre les trafics.

La volonté russe de participer à ce nouvel équilibre doit cependant être appréciée à l’aune des actes. L’annonce d’un mémorandum ne signifie pas encore que Moscou devient un pilier de l’architecture sécuritaire de la CEDEAO. Il faudra examiner le contenu des accords, les domaines concernés, les mécanismes de coopération, les garanties juridiques et surtout les résultats obtenus sur le terrain.

 

Une tendance apparaît néanmoins clairement. La Russie entend inscrire sa présence africaine dans la durée et diversifier ses interlocuteurs. En renforçant ses relations avec les États sahéliens tout en se rapprochant de la CEDEAO, Moscou cherche une place dans une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition. Pour les pays de la région, l’enjeu sera moins de choisir entre les grandes puissances que de transformer leur compétition en partenariats utiles aux intérêts africains.

La véritable souveraineté sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest ne se mesurera donc pas au nombre de partenaires étrangers présents sur son territoire, mais à sa capacité à conserver la maîtrise de ses choix. La coopération internationale peut renforcer les capacités africaines, mais l’objectif final doit rester la construction d’une architecture de sécurité pensée d’abord par les Africains, progressivement financée par eux et capable, à terme, de dépendre moins des puissances extérieures.

Jean Baptiste Angaman

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