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Côte d’Ivoire–Russie : Abidjan élargit son horizon diplomatique

La Russie s'intéresse de plus en plus à la Côte d'Ivoire. La position stratégique d'Abidjan et ses forces endogènes plaident pour beaucoup

Par admin4 min de lecture
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Alassane Ouattara et Vladimir Poutine
Alassane Ouattara et Vladimir Poutine

La Côte d’Ivoire poursuit sa politique d’ouverture diplomatique. La ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Nialé Kaba, a échangé ce mardi avec l’ambassadeur de la Fédération de Russie autour de la coopération bilatérale entre Abidjan et Moscou. Une rencontre diplomatique qui pourrait paraître classique. Elle prend pourtant une dimension particulière dans un contexte international où les équilibres se recomposent et où l’Afrique devient un espace de plus en plus convoité par les grandes puissances. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de transformer cette multiplication des partenaires en opportunités économiques et stratégiques concrètes.

 Abidjan joue la carte de l’ouverture

La diplomatie ivoirienne s’est longtemps appuyée sur des relations privilégiées avec ses partenaires occidentaux, notamment la France, l’Union européenne et les États-Unis. Ces dernières années, Abidjan a parallèlement renforcé ses relations avec la Chine, la Turquie, l’Inde, les pays du Golfe et plusieurs économies émergentes. Le dialogue avec la Russie s’inscrit dans cette diversification. Il ne signifie pas nécessairement un changement d’alliance. Il traduit davantage la volonté d’un pays qui entend multiplier ses possibilités de coopération dans un environnement international devenu plus concurrentiel. La Côte d’Ivoire semble ainsi vouloir privilégier une diplomatie pragmatique, capable de dialoguer avec différents pôles de puissance tout en conservant la stabilité de ses relations historiques.

 Pourquoi la Côte d’Ivoire intéresse Moscou

Abidjan occupe une position particulière en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire constitue l’une des économies majeures de la région, possède deux ports stratégiques à Abidjan et San Pedro et demeure un important centre commercial et financier ouest-africain. À cela s’ajoutent ses ressources agricoles et minières, son marché intérieur et son ambition d’accélérer son industrialisation. Autant d’éléments susceptibles d’intéresser des partenaires internationaux à la recherche de nouvelles coopérations sur le continent. Pour Moscou, renforcer ses relations avec Abidjan pourrait donc permettre d’élargir sa présence diplomatique et économique dans une région où la compétition internationale s’intensifie.

 Quels intérêts pour Abidjan ?

La question essentielle reste cependant celle des retombées pour la Côte d’Ivoire. Une coopération internationale ne peut durablement se limiter aux rencontres officielles, aux déclarations d’intention ou aux accords institutionnels. Elle doit produire des investissements, favoriser la création d’emplois, permettre des transferts de compétences et contribuer à l’industrialisation. Dans cette perspective, plusieurs secteurs pourraient constituer des terrains de coopération, notamment l’agriculture, la transformation industrielle, l’énergie, les sciences, la formation supérieure et les technologies. Mais Abidjan devra conserver une ligne claire. L’ouverture diplomatique n’a de sens que lorsqu’elle se transforme en valeur économique et sociale pour la nation.

 Ne pas choisir un camp, choisir les intérêts ivoiriens

Dans un monde traversé par les rivalités entre puissances, la tentation serait de lire chaque rapprochement à travers la logique des blocs. Une telle lecture serait toutefois réductrice. La Côte d’Ivoire peut approfondir ses relations avec la Russie sans tourner le dos à ses partenaires européens ou américains. Elle peut renforcer sa coopération avec la Chine sans renoncer à ses autres alliances. C’est précisément l’un des enjeux de la diplomatie contemporaine. Les pays qui disposent d’une stratégie claire ne cherchent plus nécessairement à choisir entre les puissances. Ils cherchent à négocier avec chacune d’elles en fonction de leurs intérêts nationaux. Pour Abidjan, cette capacité d’équilibre pourrait devenir un véritable instrument de souveraineté.

 Une Afrique davantage courtisée

Le continent africain se trouve aujourd’hui au centre d’une nouvelle compétition mondiale. Population jeune, matières premières stratégiques, besoins considérables en infrastructures, marchés en croissance et position géographique font de l’Afrique un partenaire recherché. Mais cette nouvelle attractivité pose une question fondamentale. L’Afrique restera-t-elle seulement un terrain de compétition entre puissances ou parviendra-t-elle à devenir elle-même une puissance de négociation ? Pour la Côte d’Ivoire, la réponse dépendra notamment de sa capacité à définir précisément ce qu’elle attend de chaque partenariat. La diplomatie du XXIe siècle ne devrait plus seulement être celle des relations d’amitié. Elle doit aussi devenir celle des résultats.

Transformer l’influence en opportunités

Les échanges entre Nialé Kaba et l’ambassadeur russe prennent ainsi tout leur sens lorsqu’ils sont replacés dans cette transformation de l’ordre international. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à un basculement stratégique de la Côte d’Ivoire vers Moscou. Ils montrent néanmoins qu’Abidjan entend maintenir plusieurs portes ouvertes. Et c’est peut-être là que se trouve la véritable ambition. Dans un monde multipolaire, la souveraineté ne consiste plus seulement à pouvoir dire non. Elle consiste aussi à disposer de suffisamment de partenaires pour pouvoir choisir. Pour la Côte d’Ivoire, le défi sera donc moins de savoir avec qui dialoguer que de déterminer ce que chaque dialogue peut apporter au développement national. Car au bout du compte, une politique étrangère se juge moins au prestige des interlocuteurs qu’aux bénéfices qu’elle permet de construire pour le pays et ses citoyens.

Kader B. Cissé

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